Une publication qui débloque l’action publique
Après de multiples reports, la Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat (SNANC) est enfin sortie. Sa publication était attendue. Elle doit permettre de redonner un cadre aux politiques publiques en matière d’alimentation, de nutrition et de climat, et de renforcer la cohérence de l’action publique.
Les ministères et les parlementaires vont désormais pouvoir traduire les orientations et les mesures du texte dans des lois et des plans concrets, au premier rang desquels les nouveaux PNA (Plan National pour l’Alimentation) et le PNNS (Programme National Nutrition Santé), espérés dans les prochaines semaines.
Dans un contexte de précarité alimentaire croissante, de dégradation de la santé publique et d’impacts environnementaux majeurs du système alimentaire, disposer d’un cadre stratégique était indispensable.
Des arbitrages en décalage avec les recommandations scientifiques
La SNANC comporte des avancées. Elle reconnaît la nécessité de lutter contre la précarité alimentaire et d’améliorer l’accès de toutes et tous à une alimentation saine et durable.
Toutefois, elle ignore, voire contredit, une large partie des recommandations émises par les institutions scientifiques et les organes consultatifs. Les avis du Haut Conseil de la santé publique et de la Conférence nationale de santé rappellent notamment la nécessité de réduire résolument la consommation de viande et de restreindre strictement la publicité et le marketing ciblant les enfants pour les produits nocifs pour la santé.
Or trois angles morts majeurs demeurent dans la stratégie :
- l’absence de mesures contraignantes sur la publicité et le marketing des produits nocifs pour la santé, notamment auprès des enfants ;
- le manque d’objectifs clairs concernant la réduction de la consommation d’aliments ultra-transformés ;
- l’absence d’orientation explicite vers une réduction globale de la consommation de viande.
En ne traduisant pas ces recommandations dans sa stratégie, le gouvernement fait le choix de ne pas engager de régulations structurantes sur ces sujets. Ce positionnement interroge, alors même que les connaissances scientifiques établissent les liens entre alimentation, maladies chroniques, émissions de gaz à effet de serre, dégradation de la biodiversité et pollution des ressources.
« Cette stratégie a le mérite d’afficher publiquement la nécessité de lutter contre la précarité alimentaire et de garantir à toutes et tous un accès à une alimentation saine et durable, conformément au droit à l’alimentation. Mais sans moyens humains et financiers à la hauteur, ni une régulation plus forte du secteur agroalimentaire, ces ambitions resteront des promesses non tenues. », déclare Benoit Granier, responsable alimentation du Réseau Action Climat.
Une cohérence à garantir avec les politiques agricoles
La portée de la SNANC dépendra de sa traduction concrète dans les lois et les plans à venir. Elle suppose également une cohérence avec les politiques agricoles et économiques.
La réduction de la consommation de viande, dans une logique de « moins mais mieux », doit être abordée de manière structurée. Elle implique un accompagnement des éleveurs, une conditionnalité renforcée des aides publiques et un rééquilibrage des soutiens vers les pratiques favorables à la santé, au climat et à la biodiversité.
Il ne peut y avoir d’alimentation saine et durable dans un modèle agricole fortement dépendant des pesticides et des engrais de synthèse, qui fragilise les agriculteurs et dégrade les écosystèmes. La transition vers des systèmes agroécologiques et des régimes alimentaires plus végétaux, sobres et moins transformés constitue un levier central.
Les débats récents autour de la loi dite « Duplomb 2 » et de la loi d’urgence agricole illustrent cette tension : répondre à une crise sociale sans traiter ses causes structurelles revient à différer les difficultés.
Plus de 650 médecins et scientifiques ont récemment alerté sur le décalage croissant entre l’état des connaissances scientifiques et la fabrique de la loi. La cohérence des politiques publiques sera donc déterminante (voir l’article publié par Le Monde).
La SNANC constitue un point d’étape. La crédibilité de la transition dépendra désormais de la capacité des pouvoirs publics à aligner santé, agriculture, climat et justice sociale dans l’ensemble des textes à venir.
La mise en pratique opérationnelle de ses orientations dépend également de l’ampleur des moyens mis à disposition pour les territoires afin que ceux-ci puissent porter des projets réellement transformateurs en garantissant notamment des financements suffisants et pérennes aux projets alimentaires territoriaux.