Le rôle clé des distributeurs dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC)

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Le Réseau Action Climat (RAC) avec la fondation ATNi (Access to Nutrition initiative) publient une analyse qui pose la question de la responsabilité des supermarchés dans la transition vers une alimentation saine et durable, à la suite de la publication de la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat SNANC.
GMS Promotion en supermarchés

Le constat est posé, et il est alarmant : les déséquilibres alimentaires constitue un véritable fardeau économique pour la France, estimés à 134 milliards d’euros de coûts cachés en 2023, en incluant les dépenses directes de santé publique et les coûts indirects tels que les pertes de productivité.

En matière environnementale, les coûts cachés générés par les impacts de ce système alimentaire insoutenable sur l’environnement sont également substantiels, estimés à 43 milliards d’euros en 2023.

Face à ces constats, le Réseau Action Climat rappel que la SNANC rassemble pour la première fois les priorités en matière de sécurité alimentaire, de nutrition et de climat au sein d’un même document. Il en pointe cependant les limites, entre autres :

  • Refus d’intégrer l’interdiction de la publicité et du marketing pour les produits trop gras, sucrés et salés ciblant les enfants, sur tous les supports
  • Refus d’encadrer les promotions et de la mise en avant des produits en magasin (allée centrale, têtes de gondole) pour favoriser les produits sains

Alors que les grandes et moyennes surfaces, incluant les supermarchés, les hypermarchés et les magasins de proximité, représentent plus de 90 % des ventes de produits alimentaires et qu’elles exercent donc une grande influence sur ce que les consommateurs achètent et mangent, les régulations du secteur par la SNANC sont limitées à une obligation de déclaration publique de leurs ventes de « produits durables et de haute qualité ».

Influence des distributeurs sur les comportements alimentaires et les systèmes alimentaires

La responsabilité des distributeurs est reconnue par la SNANC, le RAC relève notamment que leur influence en terme d’orientation des comportements de consommation se joue via leurs décisions en matière :

  • de composition et d’assortiment des produits
  • d’étiquetage (Nutri-score, score environnemental, etc.)
  • de tarification
  • de promotions

En terme d’influence plus large sur le façonnement des systèmes alimentaire, le RAC relève qu’en tant qu’acheteurs et revendeurs majeurs d’aliments frais et de produits transformés, les distributeurs collaborent avec leurs fournisseurs, producteurs agricoles et industries agroalimentaires, à qui ils peuvent imposer et qu’ils peuvent accompagner dans le respect de normes en matière de nutrition et de durabilité.

Des discours et des pratiques en contradiction

Alors que dans un communiqué de presse, la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), qui fédère les principales enseignes, a exprimé son soutien à la SNANC et sa volonté de travailler avec les pouvoirs publics, les actions des distributeurs ne sont pas à la hauteur de ces engagements publics.

L’article pointe l’étude France Retail Assessment 2026 réalisée par ATNi qui a mis en évidence les nombreuses possibilités dont disposent les distributeurs français pour contribuer à une meilleure nutrition grâce à la composition de leurs produits et à leurs promotions. L’analyse des produits de marque propre de Carrefour, Intermarché et E.Leclerc a montré que seuls 27 % de ces produits répondaient aux critères permettant de les considérer comme sains (Nutri-Score A+B). Presque tous les produits des trois enseignes présentant des teneurs élevées en graisses, en sel et en sucre contenaient également des additifs cosmétiques (84 %) ou des marqueurs d’ultra-transformation, tels que des colorants, des arômes et des édulcorants de synthèse. 

Côté promotion, ATNi a mis en évidence que moins d’un quart de l’espace des prospectus était consacré à la promotion de produits sains. Ces chiffres complètent une analyse réalisée par CAN France, Foodwatch France et France Assos Santé a également révélé que 66 % des articles promus dans les prospectus étaient contraires aux recommandations alimentaires françaises, notamment les produits trop gras, sucrés et salés, ainsi que les viandes rouges et les viandes transformées.

L’étude comparative Superlist Environment Europe 2026 a par ailleurs montré que les distributeurs français sont à la traîne par rapport à leurs homologues européens, notamment en ce qui concerne la transition protéique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Des changements de pratiques attendus du national au local

Au niveau des enseignes, les études montrent que les distributeurs doivent s’attacher en priorité à fixer des objectifs clairs en matière de reformulation des produits et de diversification de leur gamme vers des options plus saines et durables ainsi qu’en matière de promotions, marketing et publicité, par exemple :

  • réduire la teneur en matières grasses, en sel et en sucre dans les catégories à fort volume (plats préparés et boissons)
  • augmenter la part de plats préparés plus sains à base d’aliments végétaux de qualité (aujourd’hui 92% des plats préparés contiennent de la viande)
  • interdire la publicité pour les produits classés Nutri-Score C, D et E auprès des enfants de moins de 18 ans.

Les enseignes doivent aujourd’hui définir des objectifs et cibles spécifiques, quantitatifs et assortis de délais pour réaliser les ambitions mises en avant par la FCD dans son communiqué de presse du 17 février 2026.

A l’échelle territoriale, les acteur·rices engagé·es dans les transitions agricoles et alimentaires sont de plus en plus nombreux·ses à souhaiter entrer en contact et engager des collaborations avec les acteur·rices de la grande distribution présents sur leurs territoires.

Les premiers travaux de l’alliance ALTAA ont révélés que les directeur·rices de magasins et chef·fes de rayons ont de nombreuses marges de manoeuvre, à leur échelle, pour faire évoluer l’offre et les pratiques de leurs magasins. Les associations, collectivités territoriales et autres acteur·rices qui souhaitent accompagner et accélérer ces changements ont également plusieurs cordes à leur arc. Ces travaux s’appuient sur de nombreux entretiens avec le secteur ainsi que sur les retours d’expériences de 4 porteur·ses de projets pilotes.

Ces travaux seront partagés prochainement auprès des allié·es et partenaires d’ALTAA, pour en être informés, inscrivez-vous au bulletin de l’alliance.