Une volonté affichée d’accompagner la SNANC
Le 17 février 2026, la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) a publié un communiqué intitulé « SNANC : les distributeurs renforcent leurs engagements pour une alimentation saine, durable et transparente » .
Les enseignes membres s’engagent notamment à :
- améliorer la qualité de l’offre alimentaire et réduire son impact environnemental ;
- accompagner l’évolution des régimes alimentaires en cohérence avec le PNNS ;
- renforcer la transparence sur l’origine des matières premières ;
- accroître la visibilité des produits sains et durables ;
- communiquer de manière pédagogique sur les bénéfices d’une alimentation saine.
La FCD appelle également l’État à prendre des « engagements structurants » : la généralisation du Nutri-Score, la mise en place d’un étiquetage environnemental, ou le « déploiement de campagnes nationales ambitieuses de sensibilisation ».
Cette prise de position va dans le bon sens. La grande distribution joue un rôle prépondérant : près de 8 achats alimentaires sur 10 y sont réalisés. Elle dispose donc d’un levier déterminant pour transformer l’environnement alimentaire.
Un écart persistant entre discours et réalité économique
Ces engagements doivent désormais se traduire dans les pratiques commerciales, les stratégies marketing et le partage de la valeur.
Les travaux présentés en janvier 2026 devant la Commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution apportent un éclairage concret (source : Olivier MEVEL Conseil). Pour une boîte de 6 œufs vendue en hypermarché en février 2026 :
- en plein air, 77,9 % de la valeur ajoutée est captée par la grande distribution ;
- en bio, cette part atteint 85,1 % ;
- dans ce dernier cas, la part de valeur ajoutée revenant à l’éleveur est nulle.
Plus le mode d’élevage est exigeant, plus la part captée par l’aval augmente. La transition vers des pratiques plus durables semble ainsi financée par l’amont, sans garantie de juste rémunération.
Ces données interrogent la cohérence entre les engagements en faveur d’une alimentation « saine et durable » et les mécanismes économiques à l’œuvre dans les rayons.
Une responsabilité partagée, un rôle clé pour les territoires
La transition alimentaire ne peut reposer sur un seul maillon. L’État doit fixer un cadre clair. Les filières doivent évoluer. Les collectivités territoriales, les associations et les entreprises locales se mobilisent déjà.
Sur de nombreux territoires, des acteurs souhaitent travailler avec les magasins implantés localement pour améliorer l’environnement alimentaire des habitant·es : meilleure visibilité des produits durables, soutien aux filières locales, cohérence avec les projets alimentaires territoriaux, réduction de la pression promotionnelle sur les produits les moins favorables à la santé.
Pour les distributeurs, c’est une opportunité concrète. S’engager dans des démarches territoriales partenariales permettrait de rendre effectifs les engagements pris au niveau national.
Passer de l’intention à la transformation
La SNANC fixe un cap. La FCD affirme sa volonté d’y contribuer. Les données sur le partage de la valeur montrent que des marges de progression importantes existent.
La question n’est plus celle des déclarations d’intention. Elle porte sur la cohérence systémique :
- aligner les politiques commerciales avec les objectifs de santé publique et de climat ;
- garantir une juste rémunération des producteurs engagés dans des pratiques plus durables ;
- coopérer avec les acteurs territoriaux pour transformer concrètement l’offre et l’environnement alimentaire.
C’est à cette condition que la grande distribution pourra jouer pleinement son rôle dans la transition agricole et alimentaire.